Mission de l'artiste
En 2025-2027, Isabelle Pilloud a participé au comité d’organisation d’une exposition internationale "La Mission de l’artiste. Dialogues contemporains avec Ferdinand Hodler", en tant que co-curatrice, mais aussi en tant qu’artiste : elle a fait une recherche sur les artistes femmes contemporaines de Hodler, « disparues des radars » au cours du 20e siècle. Le projet de cette exposition internationale et itinérante a vu le jour à l’occasion des 130 ans de l’EMF (Ecole des métiers Fribourg), à l’initiative de sa directrice Estelle Leyrolles. Hodler y ayant enseigné durant trois ans lors de la création de l’école, il a marqué la production artistique fribourgeoise qui suivra. D’où l’idée de faire le point 130 ans plus tard. A la question sur la mission de l’artiste, Isabelle Pilloud s’explique: l’artiste n’est pas en marge de la société, il en est un acteur engagé. Il interpelle, révèle, transmet ; il est souvent précurseur. Par l’émotion, moteur essentiel du questionnement, il ouvre à la réflexion. « C’est dans ce rôle que je m’inscris : participer au monde en interrogeant notre époque. J’accomplis ma mission d’artiste à travers une démarche engagée sur la place des femmes. Depuis de nombreuses années, je questionne la condition féminine et mets en évidence les nombreuses inégalités persistantes." Elle dialogue donc avec Ferdinand Hodler sous cet angle : quelle était la place des artistes femmes à son époque ? Celles que, en sa position de président, il avait d’abord refusées dans la Société des artistes suisses (aujourd’hui Visarte), avant de les admettre comme membres passives – sans droit de décision, mais avec celui d’exposer. « Je le questionne, avec nuance. Ce regard critique me le rend plus proche, plus humain. Je veux ainsi rendre hommage aux artistes femmes contemporaines de Hodler, visibiliser celles que l’histoire de l’art a oubliées pendant un siècle ! J’ai réalisé des cyanotypes (procédé photographique) à partir de dessins, des portraits furtifs, comme des traces laissées par elles… Les historiens de l’art ont rélégué – caché ? – les artistes femmes dans l’ombre, les ont rangées dans des boîtes. Moi, j’ouvre les boîtes. Sur de la toile à peindre, la technique du cyanotype renforce le sens même de ma démarche : si un tirage cyanotype pâlit sous une lumière trop forte, il retrouve son intensité dans l’ombre. De ces moyens choisis, il résulte des images proches de l’empreinte, des empreintes laissées sur nous, qui agissent sur nos consciences d’aujourd’hui. Un jeu entre apparition et disparition – presque comme une vera icon, cette image du visage du Christ non faite par la main de l’homme, mais apparue miraculeusement sur l’étoffe dans laquelle il a essuyé son visage.
Une autre partie de mon travail est une réflexion sur la place des filles en 2026 à l’EMF, une école de métiers encore perçus comme masculins. J’apprécie d’autant plus que cette école soit aujourd’hui dirigée par une femme. Je ne crois pas que Hodler, grand portraitiste, ait fait un portrait de Léon Genoud directeur en 1896… En écho, j’ai réalisé celui d’Estelle Leyrolles, directrice en 2026, que je mets en dialogue avec mon autoportrait, exercice auquel Hodler s’est tant adonné.